Commissaire Principal Robert Malthus
01/01/2010 14:58 par fauchelevent
Commissaire Principal Robert Malthus
Supérieur hiérarchique du commissaire Loisel, sa seule préoccupation est de pouvoir couler paisiblement les derniers mois qui le séparent de la retraite. Mais cette préoccupation tournera vite à l’obsession lorsque cette quiétude sera troublée par une série de décès inexpliqués dans la rue Edgar Poe. Dès lors, il ne reculera devant aucun moyen pour tenter d’étouffer l’enquête menée par le commissaire Loisel et l’inspecteur Korrigan.
"- Z’êtes tombé sur la tête Loisel ?!…
En appui, les mains posées sur la table, le haut du corps du commissaire principal Malthus passa par dessus le bureau, son visage furibard s’arrêtant à quelques dizaines de centimètres de celui, imperturbable, de Loisel. Presque autant que l’infraction, le calme de son subordonné le rendait fou. Malthus n’aimait pas Loisel. Celui-ci n’en faisait qu’à sa tête et il contrecarrait ses plans de fin de carrière. Malthus n’avait plus que deux petites années à tirer et, au bout, tout au bout, la quille pour solde de tout compte. Il avait soigneusement organisé sa sortie et son arrivée dans ce bled paumé constituait un acte prémédité de longue date. Il avait jeté son dévolu sur cette petite ville, justement parce qu’il ne s’y passait plus rien depuis des lustres. Et puis voilà que ce Loisel de malheur venait se mettre en travers de son chemin pour ruiner tous ses beaux projets d’un avenir qu’il souhaitait radieux et paisible.
Malthus éructa :
- Non mais qu’est-ce que vous êtes allé foutre là-bas, hein ?! Maintenant, tous les fouille-merdes vont venir mettre le nez dans cette foutue histoire. Je vous avais pourtant prévenu ! Pas de vague ! Je vous ai déjà ordonné de laisser tomber ces histoires ! Il n’y a pas d’affaire et il n’y en a jamais eu. C’est clair ? C’est fini ! Fi-ni ! Par contre avec vous, je ne vais pas en rester là ! Ne croyez pas que vous allez vous en tirer comme ça ! J’en ai plus qu’assez de votre insubordination ! Votre comportement est inqualifiable ! Vous m'entendez ?! Inqualifiable ! ça ne se passera pas comme ça !
- Au contraire, cette affaire ne fait que commencer. Il serait dangereux de…
- Taisez-vous !! Rien à foutre de votre intuition et de vos états d’âme ! Vous avez des ordres ! Votre devoir est d’obéir aux ordres ! Et vous obéirez de gré ou de force, je vous le garantis !
Ses petits yeux triangulaires injectés lançaient des regards à la fois mornes et cruels."
Jean-Loup Barthélémy
01/01/2010 14:46 par fauchelevent
Jean-Loup Barthélémy
"Resté dans l’ombre, un quadragénaire au menton fort et carré, la carnation hâlée, se mêla à la conversation.
- Allons Robert, ne t’énerve pas comme ça ! L’attitude de monsieur Loisel est des plus louables et c’est tout à son honneur d’avoir attiré notre attention sur ces événements. Je suis certain qu’il y a un petit malentendu. Et ce petit malentendu sera vite dissipé lorsque monsieur Loisel aura été mis au courant des fâcheuses incidences que pourrait avoir une décision vraiment… inopportune...
Loisel écoutait cet homme. Visage lisse, physique politiquement correct, voix posée sur du velours, de tout son être il était l’antithèse de Malthus qui, toujours, ruminait sa rage. Avec son apparence d’adulescent, Jean-Loup Barthélémy offrait toutes les garanties d’un homme bien sous tous rapports fort de son allure de jeune premier soutenue par une silhouette nonchalante. Le tout était enveloppé d’un costume clair d’où émergeait un visage consensuel et avantageux, bien dessiné avec des traits réguliers, apaisants, un sourire bien comme il faut, sourire indélébile fiché sur ses lèvres d’homme qui ne doute de rien et surtout pas de lui même, propres à rassurer les éléments de son électorat trouvant leur compte dans cet homme qui savait en imposer. Son air mutin, encadré par une chevelure rebelle rangée en bataille, lui assurait la sympathie des autres, des plus jeunes et surtout des femmes. Sa notoriété médiatique avait depuis un certain temps déjà dépassé les frontières de la ville qu’il ambitionnait de faire grandir à la démesure de sa mégalomanie. Pour complaire à ses électeurs, il n’avait pas hésité à payer de sa personne en recourant à la chirurgie esthétique et ses administrés, il le savait, aimaient être flattés de la sorte. La source des controverses idéologiques s’étant tarie, l’ère des luttes politiques et des grands débats de société était révolue, supplantée par le simple jeu des apparences qui devenait l’argument principal de ces hommes qui se faisaient encore appeler politiques afin d’entretenir l’illusion d’un engagement désormais factice. Flattés et reconnaissants envers un homme ayant commis cet acte chirurgical, ils ne cessaient de le plébisciter à chaque renouvellement de législature. Ses électeurs lui devaient bien cette marque de gratitude au fond. Cette modification esthétique était hautement symbolique à leurs yeux de l’intérêt que cet homme admirable portait à l’opinion publique.
Mais là, le premier magistrat se heurtait à un Loisel bien déterminé à ne pas s’en laisser conter.
- Je m’inquiète surtout de ce que l’on ne tienne aucun compte de ce qui est en train de se passer.
Barthélémy connaissait sur le bout des doigts le dossier Loisel qu’il avait soigneusement étudié. Mais il ne connaissait pas l’homme. Il ne l’avait même jamais vu. Pourtant avant même d’entamer la conversation avec lui, il savait déjà que le commissaire était tout à son obsession, son devoir d’assurer la protection des citoyens de la ville, et que si lui, tout maire qu’il était, voulait parvenir à ses fins, il n’y arriverait certainement pas en cheminant sur la même voie empruntée par Malthus. Jaugeant la situation engendrée par le coup de sang de Malthus, il décida, avant qu’il ne soit trop tard, de bifurquer pour prendre un chemin de traverse. Usant de son charme antinaturel et préfabriqué à grands coups de scalpel, paré d’un magnétisme qui contrastait avec l’attitude hiératique de Malthus, Barthélémy se prépara à engager le combat avec son contradicteur. L’œil étincelant, il fourbissait ses armes."
Nils Andersen
01/01/2010 14:30 par fauchelevent
Nils Andersen
"Nuno terminait son repas alors qu'un saltimbanque déguenillé ayant très provisoirement élu domicile sur la devanture de la terrasse du restaurant "Les copains d'abord", transformée pour la circonstance en une scène musicale improvisée, achevait de fredonner "La chanson de Prévert" au gré de sa voix nicotineuse soigneusement imitée de l'originale.
- Gentes demoiselles, gentes dames et gentils messieurs ! Aller plus loin je ne puis, puisque vient la pluie. Aussi, ce sera tout pour aujourd'hui. Nos chemins se séparent donc ici et maintenant, mais avant de prendre congé de vous, je voudrais encore vous faire goûter ces quelques vers. Quelques vers composés par un autre poète qui avait pour nom Charles Baudelaire. Voici !...
Le saltimbanque marqua une pause pour mettre en valeur les quatre vers.
Il adopta un ton tragique en énonçant le premier d'entre eux :
« Le soleil se noie dans l'océan tumultueux qui l’engloutit... »
Les deux suivants, il les déclama avec des accents désespérés et résignés :
« ... Mais je poursuis en vain le dieu qui se retire
L'irrésistible nuit établit son empire... »
Et pour le dernier, chuchoté et mourant dans un demi-soupir sur la dernière note, il prêta à sa voix une tessiture intimiste gorgée de mystère :
« ... Noire, humide, funeste et pleine de frissons. »
Petit silence.
- Voilà, c'est fini ! Bonne journée à toutes et à tous ! Que le fil des jours sur lequel courent vos existences vous soit propice et que la nuit qui vous regarde dormir vous porte conseil ! N'oubliez pas de rêver ailleurs que dans les bras de Morphée et surtout n'oubliez jamais de vivre vos rêves plutôt que de rêver vos vies ! Goûtez avec gourmandise chaque instant que la vie vous offre en cadeau !... Voilà, Nils Andersen vous remercie de l’attention que vous avez bien voulu lui accorder ! Au revoir !...
Le saltimbanque passa en revue les gens attablés. Il ponctuait sa quête d'un vif "Merci ! Et n'oubliez pas de rêver ! N'oubliez pas de vivre !" agrémenté d'un large sourire."
Le Moyen-ége
26/12/2009 23:07 par fauchelevent
Le Moyen-Age
Vous voilà transportés quelque par autour de l’An Mil dans ce qui n’était en ces temps reculés qu’une petite bourgade avec ses rues géométriques, ses bonnes gens et ses marauds de tout poil, sa ribaudaille. En ce temps là, cette petite cité vivotait péniblement sous la férule d'un seigneur du nom de Gorm. Ce seigneur redoutable et ombrageux, véritable colosse au sourcil broussailleux, et à la pelisse grise, avait adopté comme emblème une tête de loup, si bien qu’on ne tarda pas à l’appeler Gorm Tête-de-Loup ou encore le Seigneur Loup.
Gorm avait un fils unique, Rodéric. Celui-ci tomba un jour éperdument amoureux d’une jeune paysanne qui répondait au nom de Miranda. Gorm ignorait tout à fait cette relation. Il arriva un jour où Miranda mit au monde des jumeaux. Et c’est là que se joua la tragédie…
A la suite d’une trahison, Gorm apprit tout d'un coup à la fois la relation qui existait entre son fils et la jeune paysanne et l’existence des enfants nés de leurs relations illégitimes. La nouvelle le rendit fou de rage et il fomenta un véritable guet-apens visant à faire assassiner Miranda et ses deux enfants. Il prit d’abord soin d'éloigner son fils sous un prétexte futile afin qu’il ne puisse leur porter secours. Mais par un concours de circonstances malheureux, Rodéric différa à l'insu de son père le jour de son départ et le destin voulut qu’il soit aux côtés de sa dulcinée au moment même où les sbires du Seigneur Loup s’apprêtaient à accomplir leur sinistre besogne…
Voyant que les trois malandrins voulaient attenter à la vie de la jeune femme, Rodéric se précipita pour la défendre. Les spadassins ne reconnurent pas le jeune héritier et ils ferraillèrent contre lui avant de le tuer, et les deux amants expirèrent dans les bras l’un de l’autre. Mais par bonheur, leurs deux enfants réchappèrent du massacre, car leur mère les avait confiés à sa sœur.
Lorsque Gorm apprit l'assassinat de son fils et unique héritier, il entra dans une sorte de folie furieuse qui ne devait plus le quitter jusqu’au trépas. Dans sa fureur vengeresse, il entreprit de punir tous ceux qu’il jugeait responsables de la mort de Rodéric, voulant oublier qu’il était le premier d'entre eux. Il fit exécuter ses hommes de mains après leur avoir infligé les tortures les plus abominables.
Mais cela ne suffit pas à apaiser son courroux et il ne tarda pas à en vouloir à la terre entière. Il fit reposer cette responsabilité sur le moindre de ses sujets et il fit bientôt régner une terreur sans nom. Son esprit malade lui suggéra que les habitants de la rue où son fils avait été assassiné s'étaient faits les complices des meurtriers. Gorm maudit la rue et tous ses habitants sur lesquels il jeta l'opprobre. Il édicta toute une série de mesures qu’il veilla à faire appliquer avec la dernière rigueur. Désormais aucun des habitants de la petite rue ne devait plus en sortir. Connus sous le nom de « Capitulaires de Gorm », ils disaient très exactement :
« Quiconque, homme, femme, enfant, tentera de sortir de ladite rue pour quelque motif que ce soit sera mis à mort sur-le-champ.
Quiconque, homme, femme, enfant, s'introduira dans la rue et tentera d'en sortir sera mis à mort sur-le-champ.
Quiconque, homme, femme, enfant, osera prononcer le nom de la rue sera mis à mort sur-le-champ.
Quiconque, homme, femme, enfant, entendra le nom de la rue sera mis à mort sur-le-champ.
Quiconque, homme, femme, enfant, écrira le nom de la rue sera mis à mort sur-le-champ.
Quiconque, homme, femme, enfant, surpris en train de lire tout document mentionnant le nom de la rue sera mis à mort sur-le-champ. »
La vindicte de Gorm et le climat de terreur instauré par les capitulaires qu’il avait édicté furent tel que plus personne parmi les bonnes gens de sa seigneurie n'osa parler de la rue maudite. Bien moins encore, ils n'osèrent prononcer son nom que bientôt les habitants oublièrent. Et c’est ainsi que la rue devint une rue sans nom.
Mais même Gorm, aussi puissant et aussi cruel qu’il ait pu être, ne pouvait aller contre le cours des choses. Et la nature humaine est ainsi faite qu’elle ne peut pas s'empêcher de donner un nom à tout ce qu’elle voit et tout ce qu’elle touche. En très peu de temps, la rue devint plus célèbre qu'aucune autre alentour et les habitants de cette petite ville ne tardèrent pas de l’appeler « la rue sans nom ». Gorm, qui avait voulu rayer de la mémoire des hommes le nom originel de la rue et défendit qu’on lui en donna un nouveau, fut le responsable bien involontaire de sa nouvelle dénomination officielle pour les siècles à venir.
L'ironie du sort a voulu que la cité médiévale ait été détruite et que son seul vestige qui ait survécu aux outrages du temps soit la rue sans nom. Cette rue existe encore aujourd’hui. Elle est ici au cœur même de la Ville. Elle en est le cœur qui bat, elle en est l'embryon. Il s’agit d’une rue qui est devenue célèbre par delà les terres. Cette rue au nom originel enfoui à jamais dans les limbes de la mémoire de nos ancêtres, cette rue a retrouvé un nom : la rue Edgar Poe…
L'Année 1822
26/12/2009 23:06 par fauchelevent
l'Année 1822
Les années 1990
26/12/2009 23:05 par fauchelevent
Le début des années 1990
Le début du XXIe siècle
26/12/2009 23:03 par fauchelevent
Le début du XXIe siècle
L'Institut de la Pyramide
26/12/2009 22:55 par fauchelevent
L'Institut de la Pyramide
L'Institut de la Pyramide est une organisation non gouvernementale à vocation à la fois humanitaire et scientifique. Elle a été fondée par Maria Delpiero en Afrique du Sud avant d’essaimer de par le monde. Elle se donne pour mission de résoudre les énigmes dont personne ne veut faute de moyens, de temps, de compétences ou tout simplement par manque d'intérêt. Les cas extraordinaires touchant à de très diverses disciplines scientifiques intéressent les sociétaires et constituent leur ordinaire. Ils s'attachent à explorer les champs des possibles laissés en friches par la majorité des hommes de sciences. Parallèlement à ces activités, L’Institut mène des “ campagnes de développement ” qui vise à aider les populations à se développer par eux même.
Malgré les difficultés induites surtout par le manque d'argent et les quelques inévitables frictions régnant au sein du groupe, l'Institut bénéficie d'une solide réputation, d'un large crédit acquis au prix d'un labeur acharné.
Dès leurs débuts et pendant longtemps encore, ils eurent à essuyer un feu nourri de sarcasmes, à encaisser une longue série de charges violentes assénées par leurs collègues évoluant dans des structures académiques, s'occupant de champs de recherches académiques, réfléchissant, raisonnant, concevant le monde à l'aune de concepts, de théories, de lois académiques.
Le bureau des ordinateurs est le centre nerveux de l’organisation. Toute la mémoire de l’institut y est concentrée. Dans la mémoire de la toute nouvelle génération d’ordinateurs neuronaux sont répertoriées les affaires non élucidées dénichées par les membres de l’Institut et celles délaissées par la police. Ces affaires ont pour point commun de revêtir un caractère étrange.
La philosophie de l’Institut :
L’action de L’Institut s’inspire de la philosophie qui prévalait dans la médecine chinoise traditionnelle qui considérait qu’un médecin contraint de soigner ses patients est un mauvais médecin justement parce qu’il n’a pas su prévenir la maladie. Les bons médecins n’avaient que des clients en bonne santé.
L’organisation s’efforce d’agir un peu de la même manière et intervient pour faire en sorte de prévenir ces catastrophes. L’Institut intervient par de la formation essentiellement. Pour éviter aux populations d’avoir à subir des catastrophes on leur apprend à faire face afin qu’ils puissent se débrouiller par eux-mêmes en cas de problème, la seule façon pour eux de sortir de cette logique de dépendance dans laquelle ils sont. Ce ne seront plus à terme des populations assistées dont la vie dépend du bon vouloir de l’aide internationale.
Des professionnels et des enseignants de l’organisation assurent des cours. L’Institut fait également appel à des personnes extérieures exerçant des métiers qui pouvaient être utiles aux populations. Pour cette raison ils créent de nouvelles écoles là où elles manquaient et s’efforçent de développer celles qui existent déjà. Ils sont là pour permettre aux enfants d’avoir un certain bagage qu’ils n’auraient pas autrement. De cette façon, pour une partie d’entre eux au moins, ils pourront faire des études supérieures pour ensuite mettre leurs connaissances en pratique et ils seront en mesure d’aider non seulement leurs familles et leur village. Ils transmettront et dispenseront ainsi à leur tour leur savoir.
L’origine du nom de l’Institut de la Pyramide :
Le savoir est à la base de tout. C’est pour cette raison que L’Institut a choisi d’adopter la Pyramide comme le symbole de l’organisation. La pyramide représente l’ensemble des connaissances acquises par l’humanité. La base de la pyramide symbolise l’état élémentaire de notre savoir tel qu’il se trouvait du temps des premiers hommes. Avec le temps ce savoir s’est empilé et élevé et en s’élevant, il s’est affiné. Aujourd’hui, nous avons la chance de disposer d’une somme de connaissances encore jamais égalée. Un savoir très élevé et très pointu. Mais de même qu’une pyramide, ce savoir possède plusieurs facettes. Une facette représente le bien et l’autre, le mal. Chaque découverte que l’on peut faire, chaque invention que l’on peut créer, est potentiellement bénéfique ou nuisible pour l’humanité. C’est selon l’usage que l’Homme a décidé d’en faire.
Peter Grimm
26/12/2009 20:44 par fauchelevent
Peter Grimm
"Peter Grimm consulta une vieille montre à gousset ruinée qu’il sortit de sa poche intérieure.
D’un geste leste et si furtif de la main qu’il ne parut pas avoir été fait, il fit voler son vieux haut-de-forme cabossé.
- Excusez-moi, je reviens…
Le chapeau se posa avec la légèreté d’une plume sur le sol. Peter Grimm s’en approcha d’un pas faussement pataud. Il s’en approchait, mais à chaque fois qu’il paraissait sur le point de s’en saisir, son couvre-chef prenait la fuite. L’homme à l’allure de Pierrot lunaire faisait mine de s’en approcher sans en avoir l’air, à pas de loup. Le chapeau lui échappait sans coup férir.
D’abord éparpillés et indifférents, tous les regards commencèrent à converger vers Peter Grimm qui poursuivait son numéro à l’imitation des pionniers du cinéma burlesque. Bientôt hilare de voir cet homme lourdaud jouer les funambules, ils le considéraient avec attention. Dans un ultime assaut, il plaqua son haut-de-forme contre le sol. Au milieu de tous les convives, il prit dans ses mains le vieux haut-de-forme aplati pour en débarrasser d’un revers de manche la poussière qui s’y était déposée.
- Excusez moi braves gens, mais en ce moment je travaille du chapeau !…Humm… Au moment même où l’on procède à la réfection des vieux quartiers de notre bonne ville, je vais vous conter une histoire qui s’est déroulée dans un lieu qui n'existe plus, un lieu où s'entremêlent la légende et l'histoire… Je vais vous demander de bien vouloir fermer vos yeux… Prêts ?… Allez-y ! Fermez-les donc pour empêcher que le flot des images de la réalité ne vienne submerger votre esprit. Voilà. Prêt pour le grand départ ? Larguez les dernières amarres qui vous rattachent encore à ici et au présent. Laissez-vous bercer et porter par la douce brise de la rêverie. Hissez haut la grand-voile de votre âme d’enfant. Maintenant, vous pouvez laisser votre esprit voguer et divaguer sur le long cours de votre imagination. Imaginez…
Comme hypnotisés, tous les regards fermés de l’assistance convergeaient vers le vieux saltimbanque. A l’abri derrière leurs rideaux de chair, leurs yeux béants réclamaient avec force des nourritures d’images intérieures et de mots."
Héloïse Delaunay
26/12/2009 20:43 par fauchelevent
Héloïse Delaunay
« Sur la porte en bois de chêne massif, s'ouvrit un vasistas laissant apparaître deux yeux gris acérés. De là, une voix fluette et nasillarde interpella le jeune inspecteur.
- Qui est là ? Que me voulez vous ?
- Bonjour madame Delaunay, je suis l'inspecteur Korrigan et je...
De ses petits yeux gris, elle le mitrailla d'une rafale de regards furibonds.
- La police !?...Partez ! Partez ! J'ignore ce que l'on a encore pu vous raconter à mon sujet, mais je n'ai rien à me reprocher ! Alors déguerpissez et ne remettez plus jamais les pieds ici, vous entendez !? Je suis ici chez moi ! Chez moi ! Et allez donc leur dire à tous que rien ni personne ne me chassera de ma maison ! Personne ! Pas même vous ! Pas même la police ! Compris ? Alors partez ! Allez vous en !
Une paranoïaque ! Il ne manquait plus que ça !
Nouvelle tentative :
- Madame Delaunay...
- N'insistez pas vous dis-je ! Allez vous en ! Laissez moi en paix !
Pour couper court à toute discussion, elle s'apprêtait à refermer le vasistas lorsque...
- Madame Delaunay, s'il vous plaît, accordez moi juste un instant ! Je vous assure que je ne vous veux aucun mal ! Je voudrais juste discuter avec vous...
Le vasistas se rouvrit.
- Ah !?...Discuter ?...Et de quoi ?
- Oui ! Juste discuter avec vous...C' est à propos de votre petit-fils.
Dans le regard de la vieille dame, toute trace de méfiance disparut. A la place, il n’y eut plus que de la surprise.
- Alexandre ? Mon Alexandre ?
- Oui, Alexandre. C' est bien votre petit-fils ?
Un éclair inquiet traversa son iris.
- Bonté divine ! Il a fait une bêtise ?
Pour l'instant, Nuno préférait éluder la question. Il supplia.
- S'il vous plaît, laissez moi entrer.
- Bon, d'accord...Mais je vous préviens : n'essayez pas de me piéger ! Pas d'entourloupe ! Compris ?
- Compris.
- Un instant je vous prie.
Elle referma le vasistas puis actionna les deux verrous. La porte s'ouvrit enfin.
- Entrez.
Le visage de la grand-mère était plongé dans la pénombre de sorte qu'un homme doté d'une vision normale n'aurait pu distinguer nettement les traits. Mais la nyctalopie permit aux yeux de Nuno de soulever ce voile d'ombre pudique qui nimbait le visage de son hôtesse.
Le jeune inspecteur put de cette manière deviner que la dame était en réalité une grand-mère relativement jeune. Mais avec son visage surchargé de rides profondément incrustées, elle paraissait infiniment plus que son âge véritable. Un usage immodéré et inconsidéré des rayons solaires probablement, à moins qu'il ne s'agisse d'une quelconque maladie de peau, avait prématurément vieilli un visage envers et contre tout toujours éclatant de vitalité.
Le simple fait de franchir le seuil suffit à donner à l'inspecteur Korrigan l'irrésistible impression que les quelques petits pas qu’il lui avait fallu pour parvenir de l'autre côté, l'avaient littéralement transporté à travers le temps pour le déposer en plein cœur du XIXème siècle.
Dans cette curieuse demeure, il était inutile de chercher aucun des appareils modernes qui équipent habituellement la plupart des foyers. L'électricité surtout, semblait bannie des lieux. Nuno eut beau regarder autour de lui, il ne vit ni télévision, ni poste de radio, ni même de téléphone - mais cela il le savait déjà depuis l'interrogatoire qu'il avait mené auprès de Marie-Thérèse Darrieux.
Toute la lumière dans laquelle baignait l'intérieur était exclusivement prodiguée par les flammes ondoyantes de lampes à huile orientales suspendues surplombant chacune des pièces. Dans un esprit identique, plusieurs bougies étaient disposées sur des chandeliers en argent éparpillés çà et là dans des niches, subtilement répartis afin de créer une ambiance claire-obscure.
Pour le jeune inspecteur, il parut clair dès les premiers instants que cette parcimonieuse répartition d'ombres et de lumières obéissait davantage à une volonté esthétique qu'à un désir de répandre partout une bonne clarté dans la demeure.
Nuno put encore distinguer dans le vaste salon sur lequel donnait le long couloir d'entrée dans lequel il se trouvait encore, une vieille et belle horloge au balancier parfaitement immobile qui avait cessé de battre, depuis fort longtemps déjà, la mesure du temps, ôtant de la sorte sa raison d'être à cet édifice de bois et de métal sans âge intégralement consacré au dieu Temps et qui ne vivait plus faute de cœur battant. Enfin, un mobilier d'inspiration gothique venait compléter en la renforçant cette impression d'extravagance qui émanait de ce vaste décor insolite et décalé sur lequel le temps qui court semblait n'avoir aucune emprise.
Héloïse Delaunay, avec un filet de dégoût mêlé de terreur dans la voix, rugit.
- Mais d'abord retirez cette...cette chose !!
Son poignet. Elle fixait intensément le poignet gauche du jeune inspecteur.
- Pardon ??
Elle répéta sur le ton d'une rage à peine contenue prête à exploser.
- Votre montre !... Retirez-là !
- Qu'est-ce que...
Son regard furieux fixait la montre, un regard derrière lequel se dissimulait quelque chose de presque indicible mais d'une puissance formidable. Ses éclats de voix tonitruants éclatèrent à la figure de Nuno.
- J'AI DIT : RETIREZ LA ! RETIREZ LA IMMEDIATEMENT !!...VITE !
Elle vociféra cet ordre sur un ton rageur, terrible, qui ne souffrait aucune discussion. Le jeune inspecteur en frémit mais son cerveau s'efforçait dans le même temps d'analyser la situation et de comprendre les raisons de la colère de l'étrange vieille dame.
Elle semblait être vraisemblablement sous l'emprise d'une irrésistible peur panique. Quelque chose d'irraisonné et de pratiquement inconscient. En affinant son jugement, il s'aperçut qu'elle devait être esclave d'une phobie, une phobie particulière non pas dans sa cause mais plutôt dans la manière qu'elle avait de se manifester, une phobie incontrôlable, imprévisible et dangereuse par sa violence, une phobie frénétique qui repoussait sa malheureuse victime dans les derniers retranchements d'une fureur hystérique.
Mieux valait ne pas la contrarier. Il obtempéra.
L'objet incriminé ayant disparu à ses yeux, elle se calma aussitôt.
Puis d'un ton sec :
- Bien ! A présent, je vous saurais gré de bien vouloir me suivre jusqu'au salon.
Tout se déroula par la suite comme si l'incident n'avait jamais eu lieu.
Nuno continuait à l'observer avec intérêt.
Le corps d'Héloïse Delaunay, toujours enveloppé de pénombre, était engoncé dans une large robe couleur bleu du soir, longue, identique à celles que devaient porter les grandes dames de la bonne société de ce siècle révolu qui avait assisté à l'épanouissement du romantisme. Tout compte fait, sa tenue vestimentaire épousait harmonieusement la chaleureuse atmosphère délicieusement surannée de l'intérieur de la maison. Mais pour le jeune inspecteur, il paraissait maintenant évident qu'elle prenait garde de dissimuler son visage en le maintenant perpétuellement drapé de pénombre.
Nuno la suivit jusqu'au salon non sans une secrète appréhension qu'il ne parvenait pas à réprimer. Mais en même temps, il se sentait irrésistiblement attiré par un je-ne-sais-quoi d'indéfinissable.
Lorsqu'ils furent tout deux confortablement installés, la vieille dame se mit à le toiser d'un regard si intense que celui-ci creusa encore davantage le malaise de Nuno, un malaise qui trouvait sa source dans les quelques mots échangés avec le riverain à son sujet. Un malaise approfondi par la colère furieuse et subite qu'il avait eu à affronter. Inconsciemment, son jugement s'en trouvait influencé.
Etait-elle réellement folle ?
Sans qu'il ne puisse rien faire pour y remédier, cette seule idée suffisait à le faire frémir. De toute son âme, il se sentait irrémédiablement pris au piège dans cette étrange demeure au charme vénéneux qui jouait subtilement au trouble jeu de l'attirance-fascination-répulsion, et infiniment plus encore de sa singulière hôtesse.
L'étrange atmosphère dont était imprégnée la maison, l'horloge arrêtée, la manie singulière de la vieille dame de draper son visage de pénombre, sa grande robe excentrique et anachronique, son attitude de recluse rétive apparemment coupée du monde et de ses réalités, sa méfiance excessive, quasi paranoïaque, vis-à-vis de lui-même, autant de choses qui inclinait le jeune inspecteur à penser que son interlocutrice avait dû laisser échapper de son esprit l'intégralité de sa raison. »
