L'île aux brumes
21/03/2010 19:15 par fauchelevent
L'île aux brumes
Le promontoire des Naufrageurs
C’est du haut de ce promontoire qu’une bande de naufrageurs menée par un brigand dénommé Saint-Graal opérait ses rapines. Ils allumaient des feux pour berner les navires qui se préparaient à accoster dans l’île. Tamisés par les brumes dodelinantes, ces feux passaient aisément pour les lumières d’un phare. Les détournant de la route qui devait les mener au port, ces bandits faisaient échouer les bateaux au pied du promontoire. C’est dans une anse sauvage, le Jardin d'écueils, qu’ils attiraient leurs victimes.
Le Bois-Brûlé
Cours des Miracles
Rue des Âmes perdues
Elle abrite le Petit Quotidien, le plus ancien journal d'information de l'île.
Rue de Hurlevent
Hugo Beaumanoir y entrepose dans une vieille bâtisse, les carnets de son aïeul, Archibald, dans lesquels celui-ci a consigné tous les événements de sa vie.
Rue de la Licorne
Se dresse dans cette rue la Taverne du Hollandais-Volant.
Impasse du Val-sans-Retour
Lieu où fut retrouvé un vieillard au début du XIXe siècle. Les circonstances de son décès présentent d'étranges similitudes avec celles qui entourent la mort des personnes retrouvées dans la rue Edgar Poe. Une seule personne a été témoin de la scène : Archibald Beaumanoir, héritier désigné du puissant armateur Auguste Beaumanoir.
Résumé
31/01/2010 17:24 par fauchelevent
« Le clown ce n’est pas moi, mais cette société monstrueusement cynique et si naïvement inconsciente qui joue au jeu du sérieux pour mieux cacher sa folie. Car moi - je ne le répèterai jamais assez - je ne suis pas fou. »
Salvador Dali
***
« Une ombre, vague, variable, indéfinie, vacillante ; et de cette ombre essentielle il me sera impossible de me défaire, tant que luira le soleil de ma raison. »
Edgar Allan Poe, Bérénice
***
Voici une histoire dans un tout petit monde, dans un lieu, quelque part entre la réalité et la fiction, le rêve et le cauchemar. Quelque part entre l'Histoire, les légendes, les mythes et les superstitions de l'humanité. Quelque part entre le rationnel et l'irrationnel.
Chacun d'entre vous qui l'écouterez, vous l'entendrez différemment selon l'univers que vous avez dans vos têtes. Chacun de vous y trouvera ce que ses yeux et ses pensées auront bien voulu lui révéler.
Mais venez, entrez dans mon jeu, plongez votre esprit clair-obscur dans mon conte.
Ouvrez grand vos yeux et laissez-y pénétrer mes mots vivants...
Entrez donc dans mon jeu, entrez donc dans la genèse de mon histoire…
C'est fait.
Vos yeux vous ont fait traverser la page. Vous voilà de l'autre côté.
Vous n'êtes plus une personne en trois dimensions dans toute sa longueur, sa largeur et toute sa profondeur. Vous n'êtes plus qu'un personnage de fiction en deux dimensions, parfaitement plat, placardé, collé sur une feuille de papier. Vous avez paumé l'une de vos dimensions en cours de route et vous ne la retrouverez qu'une fois que vos yeux auront achevé de parcourir les méandres de cette étrange histoire. Voici venu le temps pour vous d'entreprendre votre quête. Partir à la recherche de votre dimension perdue.
Désormais vous serez un personnage de chair et d'os en papier, avec un corps de papier, un cœur de papier, des organes, des veines de papier dans lesquelles coule un sang d'encre noir.
Vous êtes au pied d'un petit immeuble et regardez autour de vous. Du haut de cet immeuble, un jeune homme vous observe. Ce jeune homme est l’inspecteur Nuno Korrigan.
Nuno est un jeune inspecteur tout fraîchement diplômé de l'école de police. Il ne rêve que de grandes affaires criminelles. C'est un ambitieux, un jeune loup, des dents longues, un opportuniste qui sait saisir toutes les occasions pouvant servir son ambition. Et là précisément, il sait, il sent que cette affaire singulière que lui a confié son supérieur et père adoptif le commissaire Loisel, sera la chance de sa vie. Le genre de chose qui n'arrive qu'une seule fois dans une carrière de flic. Quoiqu'il puisse advenir, il n'aura de cesse de rechercher les clefs qui lui ouvriraient les portes de l'élucidation.
Deux vieillards avaient trouvé la mort. Une mort atroce.
Pour s'en convaincre, il suffisait d'avoir vu les corps. Le premier d'entre eux était décédé au cours de la nuit du 23 septembre, le second durant la nuit suivante. On les avait retrouvés écorchés par endroit comme si on avait voulu leur ôter l'épiderme.
Nuno, lui, les avait vus. Il avait été aux premières loges.
En même temps Nuno ne pouvait occulter de sa mémoire le souvenir de l'aspect dégoûtant des deux cadavres découverts gisant dans une ruelle baptisée du nom d'Edgar Poe, conteur et poète, illustre et maudit. C'était une rue sombre et lugubre comme il convient à cette sorte d’événement.
De chacune des victimes, Nuno ne pouvait oublier leurs visages émaciés et livides, ni le gris de l’œil liquide de l'un d'eux, ni ce regard terrible... La peur - une peur atroce qui se lisait dans leurs yeux révulsés, grand ouverts, exorbités, que la lumière en même temps que la vie avaient pourtant désertés - avait déformé leur visage en un affreux rictus leur ôtant pratiquement toute humanité. Leurs corps décharnés exhalaient comme une odeur de dissolvant. La peau vieille et ridée arborait une teinte blême, cireuse tirant sur un bleu très pâle. C'est ce dernier trait qui conférait aux deux visages un aspect particulièrement dégoûtant. Enfin, de l'écume suintait des commissures de leurs lèvres démesurément ouvertes comme si dans leur ultime instant de vie, ils avaient voulu hurler, hurler, terrassés par une douleur sans nom.
Mais l’autopsie pratiquée sur les dépouilles ne tarde pas à contredire les apparences : il s’agit en réalité de deux jeunes hommes qui ont vieilli subitement juste avant de mourir. Mais l'enquête piétine.
En désespoir de cause le commissaire Loisel charge le jeune inspecteur de faire appel à l’Institut de la Pyramide, une organisation humanitaire également spécialisée dans la résolution des affaires étranges. Nuno retrouvera à la tête de l’organisation Sarah Mayer, une amie d’enfance disparue sans explication du jour au lendemain plusieurs années auparavant. Ensemble, ils vont s’atteler à percer le mystère d’un étrange phénomène dont ils ne tardent pas à découvrir qu’il s’est déjà produit au début du XIXème siècle sur l’île aux brumes.
L’enquête les mènera à côtoyer une galerie de personnages qui vont chacun leur délivrer une des clés de ce mystère. Ils seront secondés dans leur tâche par une jeune princesse en rupture de ban avec son milieu et de redoutables et redoutés journalistes triplés bien peu conventionnels.
Sur leur chemin, ils croiseront tour à tour la grand mère excentrique de l’une des victimes, le trésorier corrompu d’un journal, un marin taciturne descendant d’une illustre lignée d’armateurs, ainsi que les membres de la Guilde des Gardiens de la Mémoire des Contes, une association qui cherche éviter que les œuvres littéraires ne tombent dans l’oubli.
La Ville
31/01/2010 11:44 par fauchelevent
La Ville
Rue Edgar Poe
Place des Mille et Une Nuits
Grande place sur laquelle siège le café Bettencourt
Rue du Capitaine Némo
Nuno Korrigan y a passé une partie de son enfance et de son adolescence
Traverse des Ecrivains Obscurs
Lieu où habite Sarah Mayer
Avenue Jean Valjean
Siège de l'Institut de la Pyramide
Allée de la Petite Sirène
Lieu de résidence de Marie-Ange Océane Fauchelevent
Chemin du Bois des Amoureux
Petite rue construite sur l'emplacement d'un ancien bois où jadis Rodéric et Miranda se sont déclaré leur flamme
Contre-allée du Roi Arthur
Proche du chemin du Bois des Amoureux, c'est un des lieux où vous mène votre quête de votre troisième dimension
Rue du Griffon
Place des Quatre Vents Musiciens
Lieu de rencontre de quatre rues baptisées des noms des principaux dieux auxquels les vents obéissaient. Au centre de la place, trône une gigantesque harpe que les vents dominants font jouer selon leur bon plaisir, improvisant une partition musicale sans cesse différente et sans fin. L'aérienne complainte musicale répand sa litanie dans tout le secteur environnant.
Rue Borée
Au numéro 11 réside Marie-Thérèse Darrieux, mère d’Alexandre Darrieux, l’une des victimes. Rue attenante à la place des Quatre Vents Musiciens, côté nord
Rue Zéphyr
Au numéro 19 réside Héloïse Delaunay, mère de Marie-Thérèse Darrieux et grand-mère d’Alexandre Darrieux. Rue attenante à la place des Quatre Vents Musiciens, côté est
Rue Notos
Rue attenante à la place des Quatre Vents Musiciens, côté sud
Rue Euros
Rue attenante à la place des Quatre Vents Musiciens, côté sud-ouest
Place des Argonautes
Siège de l’Hôtel de Ville
Rue du Kraken
Lieu où l’on retrouve un vieillard décédé
Rue de l’Atlantide
Vieille rue marchande rectiligne. S’y trouve une brocante où Marie-Ange a ses habitudes
Rue des Djinns
Lieu de réunion des partisans du maire, Jean-Loup Barthélémy
Rue des Deux cœurs envoûtés
Rue construite sur les lieux même où Rodéric et Miranda scellèrent secrètement leur union
Rue du Pays de Nulle Part
Lieu où se dresse le théâtre Cyrano de Bergerac
Rue de Sinbad
Rue attenante à la rue du Pays de Nulle Part
Rue de L’Odyssée
Rue attenante à la rue du Pays de Nulle Part
Impasse du Petit Prince
Un des lieux où vous mène votre traque de votre troisième dimension
Avenue du Léviathan
Avenue du Chat Botté
Longue artère qui donne sur la place des Mille et Une Nuits
Boulevard Hansel & Gretel
Siège du plus important quotidien régional
Boulevard Lemuel Gulliver
Dans un immeuble bordé d’un grand parc loge Maria Delpiero, directrice et cofondatrice de l’Institut de la Pyramide
Place de l’Hydre de Lerne
Donne sur la rue du Capitaine Némo
A proximité se dresse la prestigieuse Auberge du Roi Marc, réputée comme la meilleure table de la Ville et de sa région
Gorm le Terrible, Rodéric et Miranda
30/01/2010 05:48 par fauchelevent
Gorm le Terrible, Rodéric et Miranda
- Vous voilà transportés dans ce qui n’était en ces temps reculés qu’une petite bourgade. C’est une ville qui existe encore aujourd’hui. Elle est devenue une belle et grande cité prospère. Vous la voyez ? Maintenant que vous êtes passés de l’autre côté, que vous êtes immergés dans cette histoire, maintenant que vous êtes capables d'imaginer, de voir avec votre esprit cette petite cité avec ses rues géométriques, ses bonnes gens et ses malandrins de tout poil, ses marauds, sa ribaudaille, maintenant, ouvrez vos yeux ! En ce temps là, cette petite cité vivotait péniblement sous la férule d'un seigneur du nom de Gorm. Ce seigneur redoutable avait adopté comme emblème une tête de loup, si bien qu’on ne tarda pas à l’appeler Gorm Tête-de-Loup ou encore le Seigneur Loup. Tenez, nous allons faire une chose. Je suis certain que le seigneur Gorm est parmi nous. Voyons voir…
Le conteur passa de table en table, longeant les rangs comme pour une inspection, jaugeant chaque visage que son regard rencontrait, n’en oubliant aucun. Il se faufila dans les passages étroits. Posant sa main sur l’épaule de celui qu’il désignait, il assénait ses sentences.
- Trop petit… Trop jeune… Pas assez costaud… Trop classe… Pas assez viril…
Ayant remarqué l’état de décomposition du visage de la dernière personne interpellée, il feignit de vouloir rattraper sa bévue.
- Je plaisante, évidemment…
Il s‘éloigna et il pointa son index au ciel comme l’aurait fait un vieux sage énonçant quelque vérité.
- Surveillez tout de même votre taux de testostérone !
Le bonhomme devait manquer pour le moins autant d’humour que d’hormone mâle. Il prit ses cliques et ses claques et décampa avec pertes et fracas. Indifférent, Peter Grimm poursuivit son casting itinérant, le ponctuant de « trop ceci » ou « pas assez cela » avec la régularité d’un métronome.
Il s’arrêta net.
- Ah ! Le voilà !… Un grand gaillard tous muscles dehors, le sourcil broussailleux, la pelisse grise, Une barbe impénétrable à faire pâlir une forêt vierge, un air ombrageux… Faites voir votre timbre de voix. Dites : « Je suis Gorm le terrible !! ». A vous…
L’autre obtempéra à la grande satisfaction de Peter Grimm. Le conteur reprit.
- Parfait messire Gorm… Pas de doute, voici le seigneur de séant parmi nous ! Poursuivons… Gorm avait un fils unique, Rodéric. Celui-ci tomba un jour éperdument amoureux d’une jeune paysanne qui répondait au nom de Miranda. Gorm ignorait tout à fait cette relation. Il arriva un jour où Miranda mit au monde des jumeaux. Et c’est là que se joua la tragédie…
Peter Grimm s’interrompit à nouveau.
- Je cherche Miranda et Rodéric. Je sais qu’ils se cachent parmi nous. Voyons, où sont-ils donc ?… Honneur à la gente demoiselle. Où est dame Miranda ?
Cette fois-ci, il ne prit pas la peine de balayer l’assemblée de son regard. Il le dirigea immédiatement vers la seule personne qui à ses yeux pouvait personnifier la jeune paysanne.
- Là-bas, la jeune femme brune avec les yeux marine. Vous êtes Miranda !
Le conteur vint à Sarah et, se prosternant devant elle, lui rendit hommage à la manière des temps anciens.
- Dame Miranda…
Il se releva pour continuer sa quête.
- Qui est le chevalier servant de cette dame ? Allons, Sire Roderic, ne soyez pas timoré ! Montrez-vous ! Votre dame va avoir besoin de vous.
Son regard frôla le visage de Nuno avant de repartir. Au grand dam du jeune homme qui se serait bien imaginé en preux chevalier veillant sur sa dulcinée, le conteur arrêta son choix sur quelqu’un d’autre avant de poursuivre son histoire.
- A la suite d’une trahison, Gorm apprit tout d'un coup à la fois la relation qui existait entre son fils et la jeune paysanne et l’existence des enfants nés de leurs relations illégitimes. La nouvelle le rendit fou de rage et il fomenta un véritable guet-apens visant à faire assassiner Miranda et ses deux enfants. Il prit d’abord soin d'éloigner son fils sous un prétexte futile afin qu’il ne puisse leur porter secours. Mais par un concours de circonstances malheureux, Rodéric différa à l'insu de son père le jour de son départ et le destin voulut qu’il soit aux côtés de sa dulcinée au moment même où les sbires du Seigneur Loup s’apprêtaient à accomplir leur sinistre besogne…
Peter Grimm rugit :
- Où se tapissent nos trois lascars ?!… Aah ! Ils n'osent se montrer ! Ah, les manants ! ah, les lâches ! Tant pis ! Tôt ou tard, ils n'échapperont pas à la vindicte des bonnes gens de notre bonne ville et ce sera justice !
On put entendre dans l’assistance quelques soupirs de soulagement.
Peter Grimm, les yeux ronds comme deux pleines lunes, ne racontait pas une histoire. Il ne racontait plus des personnages. Il était Roderic, il était Miranda, il était Gorm, il était les hommes des basses œuvres du Seigneur-Loup, il réincarnait les personnages, les lieux et l’histoire toute entière. Il se désincarnait de sa propre personne pour entrer dans les peaux de ceux dont il avait les images devant lui. C’est à cela que sa petite mise en scène devait servir. Il s’inspirait des visages de ceux qu’il avait désignés, et il s’amusait à en imiter ou contrefaire au mieux leurs mimiques, leurs petites manies, leurs grands gestes, leurs attitudes et leurs voix. De cette façon aussi, il stimulait l’imagination de son public qui pouvait ainsi associer un visage à l’un des personnages.
- Voyant que les trois hommes voulaient attenter à la vie de la jeune femme, Rodéric se précipita pour la défendre. Les trois agresseurs ne reconnurent pas le jeune héritier et ils ferraillèrent contre lui avant de le tuer, et les deux amants expirèrent dans les bras l’un de l’autre. Mais par bonheur, leurs deux enfants réchappèrent du massacre, car leur mère les avait confiés à sa sœur. Lorsque Gorm apprit l'assassinat de son fils et unique héritier, il entra dans une sorte de folie furieuse qui ne devait plus le quitter jusqu’au trépas. Dans sa fureur vengeresse, il entreprit de punir tous ceux qu’il jugeait responsables de la mort de Rodéric, voulant oublier qu’il était le premier d'entre eux. Il fit exécuter ses hommes de mains après leur avoir infligé les tortures les plus abominables. Mais cela ne suffit pas à apaiser son tourment et il ne tarda pas à en vouloir à la terre entière. Il fit reposer cette responsabilité sur le moindre de ses sujets et il fit bientôt régner une terreur sans nom. Son esprit malade lui suggéra que les habitants de la rue où son fils avait été assassiné s'étaient faits les complices des meurtriers. Gorm maudit la rue et tous ses habitants sur lesquels il jeta l'opprobre. Il édicta toute une série de mesures qu’il veilla à faire appliquer avec la dernière rigueur. Désormais aucun des habitants de la petite rue ne devait plus en sortir. Connus sous le nom de « Capitulaires de Gorm », ils disaient très exactement…
Le corps de Peter Grimm se raidit. Il prit la pose du héraut. Sa voix rocailleuse éructa sur un ton sentencieux et solennel ces articles de loi inflexibles :
- Quiconque, homme, femme, enfant, tentera de sortir de ladite rue pour quelque motif que ce soit sera mis à mort sur-le-champ. Quiconque, homme, femme, enfant, s'introduira dans la rue et tentera d'en sortir sera mis à mort sur-le-champ. Quiconque, homme, femme, enfant, osera prononcer le nom de la rue sera mis à mort sur-le-champ. Quiconque, homme, femme, enfant, entendra le nom de la rue sera mis à mort sur-le-champ. Quiconque, homme, femme, enfant, écrira le nom de la rue sera mis à mort sur-le-champ. Quiconque, homme, femme, enfant, surpris en train de lire tout document mentionnant le nom de la rue sera mis à mort sur-le-champ.
Avec l’art consommé du conteur qui cherche à jouer avec les nerfs, les émotions et les sentiments de son auditoire, il variait, utilisait pour dépeindre son histoire un florilège d’intonations au gré des circonstances et des événements.
- Le climat de terreur instauré par ces capitulaires fut tel que plus personne n'osa parler de la rue maudite. Bien moins encore, ils n'osèrent prononcer son nom que bientôt les habitants oublièrent. Et c’est ainsi que la rue devint une rue sans nom. Mais même Gorm, aussi puissant et aussi cruel qu’il ait pu être, ne pouvait aller contre le cours des choses. Et la nature humaine est ainsi faite qu’elle ne peut pas s'empêcher de donner un nom à tout ce qu’elle voit et tout ce qu’elle touche. En très peu de temps, la rue devint plus célèbre qu'aucune autre alentour et les habitants de cette petite ville ne tardèrent pas de l’appeler « la rue sans nom ». Gorm, qui avait voulu rayer de la mémoire des hommes le nom originel de la rue et défendit qu’on lui en donna un nouveau, fut le responsable bien involontaire de sa nouvelle dénomination officielle pour les siècles à venir. L'ironie du sort a voulu que la cité médiévale ait été détruite et que son seul vestige qui ait survécu aux outrages du temps soit la rue sans nom. Cette rue vous la connaissez tous. Elle existe encore aujourd’hui. Elle est ici au cœur même de notre bonne vieille ville. Elle en est le cœur qui bat, elle en est l'embryon. Il s’agit d’une rue qui est devenue célèbre par delà les terres. Cette rue au nom originel enfoui à jamais dans les limbes de la mémoire de nos ancêtres, cette rue, mesdames, mesdemoiselles, messieurs, a retrouvé un nom : la rue Edgar Poe…
Sommaire
27/01/2010 15:45 par fauchelevent
OUVERTURE
DANS LA GENESE
PREMIERE CLE
DEUXIEME CLE
TROISIEME CLE
QUATRIEME CLE
CINQUIEME CLE
SIXIEME CLE
SEPTIEME CLE
HUITIEME CLE
NEUVIEME CLE
DIXIEME CLE
ONZIEME CLE
DOUZIEME CLE
TREIZIEME CLE
CLE DES MYSTERES
J-5 : Les mésaventures extraordinaires de Monsieur Plat
J-4 : L'Office contre-attaque
J-3 : Ce que savoir aimer veut dire...
J-2 : L'Animorphose
J-1 : Dans l'Antre de l'Ogre
Jour J : D'une flamme qui ne s'éteint pas
VERS LA SORTIE
FERMETURE
Vous
27/01/2010 14:35 par fauchelevent
Vous
"C'est fait. Vos yeux vous ont fait traverser la page. Vous voilà de l'autre côté. Vous n'êtes plus une personne en trois dimensions dans toute sa longueur, sa largeur et toute sa profondeur. Vous n'êtes plus qu'un personnage de fiction en deux dimensions, parfaitement plat, placardé, collé sur une feuille de papier. Vous avez paumé l'une de vos dimensions en cours de route et vous ne la retrouverez qu'une fois que vos yeux auront achevé de parcourir les méandres de cette étrange histoire. Voici venu le temps pour vous d'entreprendre votre quête. Partir à la recherche de votre dimension perdue.
Désormais vous serez un personnage de chair et d'os en papier, avec un corps de papier, un cœur de papier, des organes, des veines de papier dans lesquelles coule un sang d'encre noir.
Vous vous êtes égaré(e). Ça fait des heures que vous cherchez désespérément votre chemin dans cet improbable enchevêtrement de rues. Et justement vous commencez à vous faire vraiment un sang d'encre. Vous mettez les pieds dans cette maudite ville pour la première fois. Vous décidez de vous accorder une petite pause, juste le temps de vous remettre les idées en place et régler vos comptes avec votre sens de l'orientation défaillant.
Vous êtes au pied d'un petit immeuble et regardez autour de vous.
Vous ne le voyez pas mais depuis le deuxième étage, un jeune homme à l'air songeur regarde par la fenêtre.[...]
Un soleil froid, un soleil d'automne dardait ses rayons sur la rue du griffon, qu'il éclairait de sa lumière crue et glacée. De rares badauds s'activaient, courant dans tous les sens, fuyant les jours mauvais qui s'installaient dans le sillage de la saison des feuilles mortes qui venait tout juste de faire irruption en cette fin de mois de septembre. En prévision des prochaines semaines de froidure, les gens effectuaient quelques provisions avant de venir se terrer à la chaleur du coin de l'âtre, dans leurs tanières de briques, de tuiles et de béton.
Parmi eux, il y a vous.
Après avoir cherché votre troisième dimension en vain, vous voilà perdu(e) au milieu de nulle part et réduit(e) à contempler le tumulte ambiant. Vous voilà seul, seul avec cette peur vertigineuse qui vous a sauté à la gorge lorsque vous avez subitement réalisé que vous ne connaissiez absolument personne dans cette portion d’univers à part. Sans compter cette sensation bizarre, encore jamais ressentie d’être dépossédé(e) d’une part de vous même depuis que l’on vous a soustrait de l’une de vos dimensions. Une sensation qui se ligue avec l’impression d’être seul au monde, déboussolé(e) avec pour unique et précieux bagage votre obsession du moment. La retrouver.
Vous apercevez l’inspecteur Korrigan qui traverse la rue d’un pas pressé.
C’est à ce moment précis que votre sens des réalités vous rattrape. Il vous rappelle que vous ne savez pas encore de quelles tribulations vos lendemains seront faits, ni quel sort vous sera réservé. Vers où, quelle contrée, vers quel point final bienheureux ou tragique cela va-t-il pouvoir vous mener ? Pas davantage vous n’êtes assuré(e) de la durée du voyage à l’intérieur de ces lignes et encore moins des intentions des personnages que vous croiserez en chemin. Il se pourrait que vous puissiez faire de bien mauvaises rencontres au cours de vos pérégrinations.
Pas étonnant alors que ces retrouvailles fortuites aient le don de vous réjouir. Cet inspecteur est pour l’heure le seul personnage qui vous est un tant soit peu familier dans cet univers inconnu. Et puis il est flic. C’est rassurant. Vous vous convainquez donc bien vite que tant que vous vous attacherez à ses pas, il ne pourra rien vous arriver de fâcheux. Tant pis pour votre troisième dimension qui ne perd rien pour attendre.
Pas le choix. Il vous faut suivre ce jeune inspecteur pour ne plus le lâcher d’un pouce.
Vous ne disposez que d’une poignée de secondes avant qu’il ne se dérobe à votre vue. Sans plus d’hésitation vous lui emboîtez discrètement le pas, de loin, par désœuvrement, faute d’avoir mieux à faire. Ce sera pour vous l’occasion de faire connaissance avec les lieux qui constitueront votre nouvel environnement."
Lucas et Mona Bettencourt
27/01/2010 13:08 par fauchelevent
"Nuno Korrigan se dirigea vers la terrasse du café Bettencourt pour s’y attabler. Vous l’imitez en vous installant à quelques tables de lui. De là, il vous tourne le dos. Vous pourrez observer ses faits et gestes de tout votre soul, sans risque. L’inspecteur héla un homme d’une cinquantaine d’années à l’allure joviale. Le tenancier du café.
- Hé là ! Mais je rêve ou c’est notre petit Nuno qui est de retour parmi nous !? Y’avait longtemps qu’on ne t’avait plus vu, dis-moi !
- Salut Lucas ! Comment tu vas ?
- Très bien, je te remercie. Et toi comment tu vas mon p’tit gars ?
- Bien aussi. Les affaires marchent pas trop mal à ce que je vois !
Une vingtaine de consommateurs - des lycéens et des étudiants pour la plupart - étaient attablés.
- ça va, ça va ! Les affaires tournent plutôt bien. Je n’ai pas à me plaindre. Tu sais, dans ce satané pays les cafés sont l’un des derniers endroits qui soient encore capables de faire sortir les gens de chez eux et où ils peuvent se rencontrer...On vit vraiment une sale époque...
- C’est triste...Et Mona, comment va-t-elle ? Elle est ici ?
- Mo’ va très bien aussi, je te remercie... Ben tiens, ça lui ferait drôlement plaisir à elle aussi de te revoir... Attend !... Ne bouge pas, je l’appelle... Ho Monette !!...
- Une voix lointaine provenant de l’intérieur du café lui répondit.
- Oui !...
- Viens donc voir un peu qui est là !
Des pas précipités. Un grand cri de joie.
Aussitôt qu’elle le vit, une femme d’âge mûr toute en rondeur et rivalisant de jovialité avec son mari, se rua littéralement sur Nuno pour le serrer dans ses bras et l’embrasser.
- Comment vas-tu mon Titou ? Si tu savais comme ça me fait plaisir de te revoir !
- Moi aussi Mona.
- Alors, raconte nous un peu. Qu’est-ce que tu deviens ?
- Oh pas grand chose. Depuis que je suis entré dans la police, je n’ai plus guère le temps de m’ennuyer. En ce moment, je m’occupe de ma première grande affaire.
- Mais c’est super ça !
- Oui Mona. J’ai vraiment de la chance de pouvoir exercer ce métier. C’est un boulot passionnant.
- Tu prends ton service à quelle heure ?
- A 8h30 Lucas. Justement je ne vais pas pouvoir m’attarder trop longtemps. C’est bientôt l’heure. Il faudra que vous veniez manger un de ces jours à la maison.
Les époux Bettencourt acquiescèrent. Mona regarda sa montre.
- Oh là là ! Déjà !? Je suis désolée Nuno, mais je dois retourner à l’intérieur. J’ai encore beaucoup de travail qui m’attend...Allez, à bientôt mon petit !
- A très bientôt Mona.
Lucas se tourna alors vers Nuno, et tout en lui faisant un clin d'œil entendu :
- Ah les femmes ! Ce sont toutes les mêmes ! Elles n’arrêtent pas de bavarder !...
Puis il se tourna vers son épouse qui, elle, avait déjà tourné les talons. Il lança à son adresse sur un ton taquin :
- ...Hein, ma chérie ?!
Elle rétorqua alors qu’elle se trouvait déjà sur le palier :
- Et heureusement que nous sommes là pour travailler pendant que ces messieurs se prélassent au soleil en regardant les jeunes filles passer !
Lui, toujours sur le même ton :
- Ben quand on compare celles qui défilent dans la rue avec celles qu’on est obligé de se coltiner tous les jours à la maison, y’a de quoi hésiter !
- Très bien mon chéri. Puisque c’est comme ça, prépare toi à une longue, très longue période d’abstinence !
Nuno esquissa un demi sourire, un peu embarrassé par cette joute oratoire conjugale.
- Hé là ! C’est pas un peu fini vous deux ?!
- T’inquiète pas mon p’tit gars ! Tu sais comme je suis. ‘Peux pas m’empêcher de l’embêter. Elle le sait bien et elle adore ça. Tout ça, c’est rien que des chamailleries de vieux couple. C’est bien de se chamailler de temps en temps; ça permet de mettre les choses à plat sans qu’il y ait de casse. Pas comme les jeunes de maintenant qui se disent des «je t’aime» à tout bout de champ et puis qui se séparent pour des petits riens. Et je ne te parle même pas de ceux qui font comme si tout allait bien, jusqu’au jour où ça pète vraiment. Ils ne se parlent plus de leurs problèmes, ne se font aucun reproche et ils attendent que ça se tasse ou que ça s’arrange par un coup de baguette magique. Ils font semblant de croire qu’il n’y a pas de problème dans leur couple et ils attendent bien sagement qu’il se casse la gueule. Ah ! Moi, je te le dis, des couples comme le nôtre, on n’en fait plus des comme ça !...
- Heu, Lucas... Il est déjà 8h20 et...
- Ah oui ! Excuse moi. Je parle, je parle et je ne vois même pas le temps passer. Bah ! Il paraît que tous les hommes ont une part féminine en eux. Ce doit être ça qui me pousse à autant jacasser. Enfin...Alors, qu’est-ce que je te sers ? Comme d’habitude ?
- Oui, s’il te plaît.
- OK ! ça vient tout de suite..."
